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L’épée de Damoclès suspendue sur la tête de Mario Nobin – Grands risques de poursuites judiciaires et de révocation

Le sort réservé à Mario Nobin, ancien commissaire de police dans l’affaire de passeport remis en urgence au trafiquant de drogue Mike Brasse, est suspendu à la décision du bureau du Directeur des Poursuites Publiques (DPP) d’engager ou pas des poursuites contre lui sous deux chefs d’accusation provisoire d’entente délictueuse et de using office for gratification.

Le bureau du DPP est, en effet, en présence d’un rapport de la CCID qui pourrait à tout moment déboucher sur une inculpation provisoire de Mario Nobin. Celui-ci serait passible de poursuites au criminel et destitué comme commissaire des prisons.

Il est, rappelons-le, reproché à Mario Nobin d’avoir usé de sa position en tant que commissaire de police pour permettre à Mike Brasse, un trafiquant de drogue, d’avoir un passeport de remplacement. Mike Brasse avait fait savoir à la police de Grand-Baie en 2016 qu’il avait égaré son passeport sur le trajet entre l’aéroport SSR à Plaisance et son domicile à Camp-L’Amour. Il lui fallait un nouveau passeport afin qu’il puisse aller récupérer son bateau, l’Ilot Gabriel qui a subi des réparations à la Réunion.

Comment est il parvenu à obtenir le nouveau passeport ? Question posée au patron du PIO par les enqueteurs à l‘Assistant surintendant Narendra Kumar Boodhram. Celui-ci a expliqué qu’il avait reçu des instructions de Mario Nobin, chef de la police. Mario Nobin lui aurait dit ce qui suit en parlant de Mike Brasse:  “Monn dir li vinn laba (au PIO). Fer li gagne so passport”. Mike Brasse devait voyager pour aller récuperer son bateau à la Réunion.

Le véritable but du voyage à l’Ile Sœur

En somme Mike Brasse avait d’autres  projets en tête: sécuriser la cargaison de drogue qui se trouvait sur son embarcation à la Réunion. Une fois sur place, le 11 novembre 2016, Mike Brasse est  pris dans les filets de la brigade des stups de la Réunion. L’opération a conduit à son arrestation  et à la récupération d’une importante cargaison de drogue dure: 41,2 kilos d’héroïne d’une valeur de 600 Millions dissimulée dans  embarcation rapide qui était utilisée pour les opérations de trafic de drogue dans l’axe Madagascar – Maurice – Réunion.

Dans un premier temps Mario Nobin ne sera pas inquiété dans cette affaire. Mais une fois le dossier de l’enquête policière entre les mains du DPP, les choses ont pris une nouvelle tournure. Le DPP a, en effet, réclamé un approfondissement de l’enquête – further investigation – c’est-à-dire l’interrogatoire de tous ceux impliqués directement ou indirectement dans cette affaire de passeport remis en quatrième vitesse à Mike Brasse. Dans la liste des personnes à être auditionnées, figure Mario Nobin lui-même.

Mario Nobin  dans la tourmente à la réception de sa convocation aux casernes centrales

C’est alors que les événements vont se précipiter et que l’étau va se resserrer sur Mario Nobin et cela suivant  les étapes suivantes. Mario Nobin va accuser réception à son bureau à la prison centrale le 7 décembre, son assignation à se présenter le mercredi 9 décembre au CCID pour son interrogatoire under warning dans l’affaire Mike Brasse. La lettre, en date du 4 décembre, porte la signature du DCP Heman Jangi du CCID. Mais le principal intéressé a tenté de se soustraire à un interrogatoire sous avertissement d’usage. Mario Nobin à recours à une demande d’injonction auprès de la cour suprême.

Les appréhensions de l’ancien commissaire

Dans un affidavit juré en même temps devant la haute cour, Mario Nobin a énuméré les raisons pour lesquelles il ne devrait pas être convoqué par la CCID et encore moins subir un interrogatoire under warning: . “I aver that allowing my interrogation to proceed will cause irreparable damage to me in as much as I may be arrested and face a provisional charge lodge against me. I may even be suspended from my duty as Commionner of Prison.

Mario Nobin  ajoute que la décision de le convoquer est “wrong, unlawful, illegal and irrational, tainted with bad faith and constitute an abuse of process.”

Les fautes qui lui sont reprochées selon lui remontent à l’époque où il il assumait les fonctions de Commissaire de Police,  “un poste constitutionnel”, tient-il à préciser et qu’à ce titre ses fonctions administratives ne peuvent faire l’objet d’une enquête criminelle ou encore constituer un délit. Une autre voie aurait pu être explorée, selon l’ancien commissaire: “Such act if proved during my tenue of office, and which I strongly deny could / or only have been refered to the President of the Republic for any disciplinary action that he may have deem fit to take.”

Autre point essentiel de l’affidavit. Mario Nobin dit que la police n’a pas jusqu’ici consigné la déposition de Mike Brasse et qu’il n’aurait lui-même, Mario Nobin, jamais pu influencer l’officier responsable du PIO,  l’ASP Narendra Kumar  Boodhram qui tombe sous la responsabilité de PMO.”

Demande d’injonction rejetée

Le jeudi 10 decembre 2020 Mario Nobin essuye le refus de la part de la juge Jane Yuk Poon  qui  n’a pas été convaincue par ses arguments. Ce qui a  laissé libre champ à la police de procéder à son interrogatoire under warning.

Mario Nobin qui a retenu les services de Mes Nargis Bundhun, senior counsel et Feroza Moolna n’a eu droit à aucun traitement de faveur bien qu’on avance dans les milieux de la police qu’on aurait pu, vu son statut, lui épargner l’humiliation d’avoir à grimper les marches de l’escalier menant aux bureaux de la CCID. Un endroit où les repris de justice et même des notables gardent d’ affreux souvenirs. Il aurait suffi qu’on délègue des enquêteurs sur place à la prison centrale pour recueillir sa déposition. Tel n’en a pas été le cas.

Debut des interrogatoires under warning

Après le rejet de sa demande d’injonction, l’actuel commissaire des Prisons a commencé à répondre under warning aux questions  des enquêteurs sur son rôle dans l’octroi d’un  passeport special délivré à Mike Brasse en 2016. Après la troisième séance d’interrogatoire,  on a décide de reprendre l’audition du prévenu au début de l’année prochaine. Mais Mario Nobin va tenter une ultime parade. C’est en venant affirmer qu’il n’a jamais donné des instructions à l’ASP Narendra Kumar  Boodhram  au profit de Mike Brasse.

 

Comme une descente aux enfers

Mais la CCID a pour sa part  remis un rapport au Directeur des Poursuites publiques et il n’est pas exclu qu’au niveau de cette instance on décide d’engager des poursuites contre Mario Nobin ou alors  recommander l’abandon des charges.

Affaire à suivre.

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